Relations Occidento-Muslmanes
 
La visite de William Burns en Iran : un premier pas
par Anthony Zeitouni
08 août 2008
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Washington – Le sous-secrétaire d’Etat aux affaires politiques, William Burns, a participé à une récente rencontre à Genève entre le secrétaire général de l’Union européenne, Javier Solana, et le négociateur du dossier nucléaire iranien, Saïd Jalili. Cet événement a été le premier contact direct et officiel entre les Etats-Unis et l’Iran après quasiment trente ans de relations agitées. Même si le rôle de William Burns au sein de cette rencontre s’est limité à celui d’observateur, la décision de l’y envoyer est néanmoins sage et courageuse.

Quel en est l’impact sur les relations entre les Etats-Unis et l’Iran ? Avec cette décision, Washington a fait le premier pas pour inverser le cours des choses avec l’Iran et a pris l’initiative de briser le cercle vicieux de l’escalade des tensions.

William Burns, numéro trois du Département d’Etat américain, fait partie des hautes sphères du pouvoir. Le sous-secrétaire gère au quotidien l’ensemble des questions de politique régionale et bilatérale et supervise les bureaux géographiques. Par conséquent, la décision du gouvernement américain d’envoyer un haut fonctionnaire de cette envergure à Genève envoie un signal clair et sérieux.

Quant aux autorités iraniennes, elles y ont répondu de manière positive. Manouchehr Motakki, le ministre des Affaires étrangères iranien, a suggéré qu’ils apprennent à se connaître afin de parvenir à une meilleure compréhension du conflit. Il a aussi répété qu’il faudrait multiplier les vols directs entre Téhéran et les Etats-Unis. Ali Akbar Welayati, conseiller aux affaires étrangères du guide suprême, Ali Khamenei, a quant à lui souligné la grande importance de la décision prise par Washington. Et enfin, le vice-président iranien lui-même, Esfandiar Rahim-Mashaeï a déclaré que le peuple iranien est l’ami du peuple américain.

Envoyer William Burns à la table de négociation est une bonne démarche, mais cela n’est pas suffisant. D’autres mesures doivent être prises pour montrer que l’Amérique veut s’engager dans la voie de la diplomatie.

Poursuivre sur cette voie pourrait permettre d’éviter aux Etats-Unis d’entrer dans un conflit sans fin et dévastateur avec l’Iran et ses alliés au Moyen-Orient. Cela sauverait la vie de soldats américains et aiderait à préserver les intérêts de l’Amérique dans la région.

Cela aiderait aussi le régime iranien dans sa quête de stabilité et de reconnaissance. Pour faire progresser ses intérêts politiques, celui-ci devrait s’asseoir autour d’une table avec des représentants américains. Il serait alors traité par les Etats-Unis en ami et non comme un ce ces « Etats voyous » de « l’axe du mal ».

L’Iran vise aussi à mettre un terme aux sanctions imposées par les Etats-Unis et l’ONU, qui nuisent à son économie et au niveau de vie des Iraniens. Le pays a besoin de vendre son gaz naturel (l’Iran occupe le second rang mondial, derrière la Russie, pour ses réserves de gaz naturel) aux Etats-Unis et de développer ses champs pétroliers et gaziers.

Peu de temps après avoir rencontré les autorités politiques et militaires de haut rang en Israël, le chef d'état-major interarmées des Etats-Unis, l’amiral Mike Mullen, a déconseillé une action militaire contre l’Iran. Il a déclaré que la question du nucléaire iranien doit être réglée uniquement par les voies diplomatiques et qu’une guerre avec l’Iran n’est pas dans l’intérêt des Etats-Unis. Lancer des opérations aériennes contre des installations nucléaires iraniennes serait « extrêmement stressant », a-t-il ajouté, ce qui veut dire catastrophique, dans le langage militaire.

De même, un conflit avec l’Amérique serait dévastateur pour les Iraniens, qui subissent déjà une énorme crise économique, malgré la récente hausse du prix du pétrole. De nombreux politologues iraniens expriment leurs craintes quant à une attaque américaine contre les installations nucléaires et militaires et contre l’économie de l’Iran.

La visite de William Burns à Genève a permis de semer les graines de la diplomatie, celles-ci doivent être entretenues.

Les Etats-Unis peuvent compter sur l’appui de la société civile pour continuer à construire des relations positives avec la société civile iranienne. Par exemple le révérend John Bryson Chane, évêque épiscopalien des diocèses de Washington s’est rendu à deux reprises en Iran à l’invitation de l’ancien président iranien Mohammad Khatemi. Il a échangé des points de vue avec de nombreux responsables religieux et théologiens à Téhéran et à Qom dans l’espoir de laisser une chance à la « diplomatie théologique ».

Autre exemple, la Catholic University of America à Washington oeuvre depuis sept ans pour établir des passerelles entre les Etats-Unis et l’Iran, en organisant des conférences autour du thème du « dialogue des civilisations » avec des partenaires iraniens et en arrangeant des voyages d’échange pour des professeurs d’université et des religieux iraniens. De telles initiatives doivent continuer.

Par ailleurs, l’intention des Etats-Unis d’établir une présence diplomatique à Téhéran pourrait être constructive pour les deux parties. Pour l’Amérique, cela pourrait servir de fenêtre sur le gouvernement iranien qui lui est relativement peu familier et qu’elle pourrait ainsi mieux comprendre. Outre le contact direct avec les autorités du pays, cela encouragerait la diplomatie publique avec le peuple iranien sur le plan de la culture, de l’éducation, des droits de la femme et par rapport à d’autres sujets d’intérêt commun.

Pour l’Iran, le contact avec des diplomates américains lui donnerait l’occasion d’améliorer sa réputation. C’est un bon point de départ qui pourrait mener à une plus grande reconnaissance du régime iranien par l’Amérique et à l’émergence de liens diplomatiques entre les deux pays.

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Anthony Zeitouni (anthonygaz@gmail.com) est spécialiste dans le domaine de résolution des conflits à Washington. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) , accessible sur www.commongroundnews.org

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 8 août 2008, www.commongroundnews.org
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