Relations Occidento-Muslmanes
 
Obama, Bush: un terrain d’entente en politique étrangère
par David H. Young
19 décembre 2008
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Washington – Négocier avec ses adversaires est une tâche délicate. Avec l’arrivée du président élu Barack Obama, la majorité des spécialistes de la politique étrangère américaine sont persuadés que la négociation est sur le point de devenir la méthode prédominante en politique étrangère, pour le meilleur ou pour le pire. Toutefois, ils se trompent s’ils pensent que cette approche constitue un changement radical.

En effet, au cours de ces deux dernières années, bien qu’il soit parfois très difficile de le distinguer au travers des communiqués de presse de la Maison Blanche, le président George W. Bush s’est de plus en plus appuyé sur les tactiques que la plupart des experts ont fini par associer à Obama. De fait, en termes de stratégie politique générale et en matière d’ouverture des circuits de la négociation et du dialogue, quatre ans de plus avec Bush auraient pu ressembler de façon inquiétante aux quatre années qui nous attendent avec Obama.

Prenons, par exemple, le fait que, après avoir refusé pendant six ans de négocier avec des gouvernements corrompus ou des supposés ‘‘groupes terroristes’’, l’administration Bush a, depuis 2006, négocié une alliance durable avec les insurgés sunnites en Irak, dont beaucoup sont tenus pour responsables de la mort de milliers de soldats américains entre l’été 2003 et l’automne 2006. En outre, Washington a mené, avec succès, des négociations multilatérales avec la Corée du Nord pour garantir le démantèlement vérifiable du programme d’armement nucléaire de Pyongyang qui a mis au point et testé avec succès en 2006 un dispositif nucléaire.

Faits sans doute encore plus surprenants, l’administration Bush a négocié avec l’Iran pour que Téhéran réduise l’aide militaire et financière apportée aux milices chiites du centre de l’Irak et Washington a manifesté la volonté de plus en plus affirmée de négocier avec des taliban non membres d’Al-Qaeda.

Néanmoins, prétendre que Bush a ainsi corrigé sa désastreuse politique ne revient sûrement pas à l’absoudre. Bush a sans aucun doute passé la dernière moitié de son second mandat à démêler l’écheveau de sa politique étrangère parce que ses précédentes méthodes ont échoué à tout bout de champ.

Malgré tout, du changement, il y en a.

En effet, l’administration Bush est bien engagée dans des négociations, à un niveau ou à un autre, avec de nombreux ‘‘ennemis’’ déclarés des Etats-Unis, notamment et tout particulièrement avec ceux de l’ ‘‘axe du mal’’.

Si la politique d’Obama qui favorise l’engagement peut sembler visionnaire et nouvelle, c’est seulement parce que Bush s’est montré frileux auprès des parties adverses et peu enclin à mener une politique qui était en toute dernière position sur sa liste initiale des priorités.

Afin d’arriver avec une feuille de route vierge pour sa propre politique étrangère, Obama a, pendant la campagne, ignoré la tactique des deux dernières années Bush favorisant apparemment l’engagement. Pourtant, ce n’est pas un hasard si Obama a décidé de garder Robert Gates comme chef du Pentagone. Presque tout au long de ces deux dernières années, il semble que Gates et Obama se soient mutuellement cité lors de leurs discours politiques, notamment en ce qui concerne l’importance de relancer l’attention des Etats-Unis sur l’Afghanistan et le Pakistan dans la prétendue ‘‘guerre contre la terreur’’.

Même si beaucoup d’entre nous ne prêtaient pas attention à la manière dont les candidats à la présidence formulaient leurs objectifs de campagne, Bush était très affairé à créer l’élan pour une série de négociations qu’il n’a jamais su ou pu mener à bien politiquement.

Si Obama possède, pour sa part, le talent et les moyens d’attaquer nos adversaires efficacement et jusqu’au bout, sa plus grande chance réside dans son aptitude à parachever, et non remplacer, les récents efforts accomplis par son prédécesseur à l’étranger.

Parvenir à un juste équilibre en introduisant une nouvelle approche politique et en construisant sur celle de l’administration Bush, voici ce que l’équipe de transition d’Obama est supposée faire. Mais les sympathisants d’Obama attendent la venue, dès le 20 janvier prochain, d’un net changement et d’une nouvelle politique, ne serait-ce que parce que les progrès tardifs de Bush ont été inspirés et ternis par une présidence ratée.

Obama a l’avantage (et la prévoyance) de savoir, dès le premier jour, ce que son prédécesseur a appris au bout de six ans, ce qui pourrait signifier moins d’erreurs politiques et militaires dues, notamment, à une fierté mal placée. Cependant, si sa politique échoue, lui aussi devra savoir à quel moment changer de ligne de conduite.

Il n’est pas rare qu’une bonne dose de sagesse succède à des années d’échecs et apprendre à ses dépens ne veut pas dire que l’enseignement a moins de valeur mais seulement qu’il faut en payer le prix. Obama recueille les bénéfices du revirement de Bush. Néanmoins, pour tirer pleinement profit de la leçon, Obama doit reconnaître que quand il faisait campagne pour le changement, le changement était déjà en marche.

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* David H. Young est un analyste politique installé à Washington. Il tient un blog sur www.justwars.org. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) et accessible sur www.commongroundnews.org.

Source : Service de Presse de Common Ground, 18 décembre 2008, www.commongroundnews.org
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