Washington – Des groupes de femmes iraniennes et d'autres organisations se battent contre un projet de loi très discuté qui, disent-elles, encouragerait la polygamie en permettant aux hommes de prendre une deuxième épouse sans le consentement de la première dans certaines circonstances. Le projet arrive à un moment où le pays a été secoué par des manifestations pendant lesquelles les femmes ont tenu un rôle majeur, suite à la réélection contestée, en juin dernier, du président Mahmoud Ahmadinejad.
Bien que la loi islamique permette aux hommes d'épouser jusqu'à quatre femmes (avec de sévères restrictions), la polygamie n'est pas largement pratiquée en Iran. A l'heure actuelle, un Iranien a besoin du consentement de sa femme pour prendre une deuxième épouse.
Une prétendue loi de protection de la famille, présentée par le gouvernement en 2008, déclarait qu'un homme pouvait prendre une deuxième épouse à condition de pouvoir assumer financièrement les deux femmes. Si le Parlement a laissé tomber cette clause suite à une vague d'opposition de la part des femmes, il est en train de réexaminer une nouvelle version de la disposition.
Le porte-parole de la commission des services judiciaires et juridiques du Parlement, Amir Hussein Rahimi, a récemment annoncé que la commission avait désormais approuvé l'Article 23 du projet de loi sur la protection de la famille qui stipule : « Un homme peut épouser une deuxième femme sous réserve de répondre à dix conditions. »
La nouvelle version exige toujours que la première femme donne son accord à son mari, bien que de manière controversée, ce consentement ne soit pas être exigé dans certaines circonstances à savoir: si la femme souffre d'une maladie mentale, si elle est stérile, si elle ne coopère pas sexuellement, si elle souffre d'une maladie chronique ou encore si elle est toxicomane.
Les femmes iraniennes s'opposent toujours à la légalisation de la polygamie en déclarant que celle-ci amoindrit leur rôle et leur statut chez elles et dans la société.
Le plan initial a été abandonné après qu'un groupe d'intellectuels, de religieux, d'activistes sociaux et de militants des droits de l'homme a créé un mouvement pour faire entendre son opposition à la loi. En septembre 2008, un groupe de cinquante femmes célèbres, dont la poétesse Simin Behbahani, la femme politique Azam Taleghani et l'avocate et lauréate du Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, ont rencontré des représentants du Parlement pour exprimer leurs inquiétudes au sujet de ce qu'elles ont baptisé « une loi de protection contre la famille ».
Les organisations islamiques telles que l'Association Zeinab et l'Organisation de la révolution islamique des femmes ont également apporté leur soutien au mouvement. Et la campagne du « million de signatures » qui s'oppose à la discrimination contre les femmes, a joué un rôle important dans la mobilisation de l'opinion publique.
La loi était aussi controversée parmi les représentants du gouvernement. Plusieurs réformistes s'y sont ouvertement opposés. L'ancien président iranien, Mohamed Khatami, l'a qualifiée de « persécution ». Et un éminent religieux, le Grand Ayatollah Yousef Sanei, a déclaré : « Si la première épouse n'autorise pas son mari à prendre une autre femme, le mariage ne sera pas légitime, même si l'homme peut financièrement assumer les deux femmes. »
Néanmoins, le porte-parole du Parlement, Ali Larijani, a déclaré qu'il examinerait une version légèrement modifiée de l'article controversé.
Ce à quoi un jeune membre du Centre pour les femmes iraniennes, Taraneh Bani Yaghoub, a répliqué : « Le mouvement des femmes ne restera pas silencieux. »
La première loi iranienne à avoir reconnu la polygamie a été adoptée lorsque Reza Shah, qui a régné entre 1925 et 1941, était au pouvoir. En 1970, des femmes activistes ont exigé que le gouvernement laïque de Mohammad Reza Shah déclare la polygamie illégale mais, malgré la réaction positive du gouvernement suite à leur demande, les religieux s'y sont opposés. En 1975, une nouvelle loi a été adoptée, autorisant la polygamie sous certaines conditions comme l'obtention du consentement de la première épouse.
Beaucoup de choses ont changé en Iran depuis 1976, époque où seulement 36% des femmes savaient lire et écrire. Aujourd'hui, selon le Statistical Center of Iran, 80% des femmes sont instruites et près de 1,6 million d'entre elles possèdent un diplôme universitaire (contre 46 000 en 1976).
Malgré des restrictions gouvernementales imposées aux femmes, le nombre de femmes exerçant une profession libérale a augmenté d'environ 6% par an, soit 2,5 millions en 2006 selon les statistiques officielles. Un large groupe de femmes instruites a façonné la société iranienne d'aujourd'hui. Pendant des années, ces femmes ont réclamé des droits légaux et sociaux et le même traitement que celui dont bénéficient les hommes. Elles ont protesté contre toutes les lois qui diminuent leurs droits ou affaiblissent leur position dans la société.
Les femmes sont en colère contre le projet de loi et elles ont été déçues par la réaction de figures emblématiques appartenant au mouvement d'opposition. Une déclaration récente, signée par un groupe de femmes activistes, a accusé les candidats malheureux de la présidentielle, Mir Hossein Mousavi et Mehdi Karroubi, d'ignorer les droits, et même l'existence, des femmes dans leurs programmes politiques, et a affirmé que « les problèmes des femmes constituent une partie essentielle de la crise actuelle et qu'aucune solution ne sera trouvée à moins que cette question ne soit prise en compte. »
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*Sahar Sepehri est journaliste et analyste des médias basée à Washington. Cet article abrégé est distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'accord de l'Institute for War and Peace Reporting. Le texte est disponible dans son intégralité en anglais sur www. Mianeh.net.
Source: Institute for War & Peace Reporting, 2 mars 2010, www.iwpr.net
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