#Flotilla : de l'information qui peut amener le changement

par Aysha Alkusayer
18 juin 2010
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Riyad - Les embarcations faisant voile vers Gaza, arraisonnés par les forces israéliennes, ont fait les grands titres toute cette semaine. Une bonne partie des articles insistait sur le fait que les bateaux n'avaient pas réussi à acheminer leur chargement jusqu'à destination. Mais, ironie du sort, #Flotilla – une collection populaire de commentaires sur Twitter postés à la suite des événements de la vraie flottille – a bel et bien réussi à apporter de l'"aide" à Gaza, sous forme d'information.

Ce déferlement de Twitter a révolutionné le flux de l'information autour de cet événement – depuis les articles publiés dans les organes de presse officiels et majoritaires jusqu'aux récits rapportés par des gens partout dans le monde, avec leurs points de vue et opinions différentes sur la situation.

Le #Flotilla de Twitter, les clips de YouTube, les témoignages directs et les interviews de militants déportés sont déversés sans relâche sur les écrans du monde entier. Cette réaction devant les violences déployées au large de la côte de Gaza a fait ressortir combien les gens ont soif d'une libre circulation de l'information et notamment d'opinions diverses, voire divergentes, sur le conflit israélo-palestinien.

Or on voit que, lorsque l'information à destination du grand public circule librement, elle a le pouvoir de créer des transformations politiques réelles, concrètes, dans le bon sens, s'agissant non seulement de Gaza et Israël – comme nous l'avons vu avec le débat interne en Israël sur l'opportunité de lever le blocus – mais aussi de tous les conflits et crises qui s'abattent sur le monde pratiquement tous les jours.

Avec l'arrivée des technologies modernes, la communication est devenue mondiale. Ce qui n'empêche pas le public de se brancher sur les sources d'information dont il se sent proche, produites par des membres de leur propre mouvance sociale, politique ou confessionnelle. Les gens, ainsi exposés à des sources d'information unilatérales et morcelées, tendent à écouter plutôt les voix de la violence que celles qui préconisent des solutions viables.

Mais les dépêches en provenance des eaux gazaouies sont un exemple de la communication mondiale dans ce qu'elle a de meilleur. Non seulement il existe des sources d'information diverses sur l'affrontement entre le convoi d'assistance et l'armée israélienne, mais des sources proposant des opinions différentes sur le conflit paraissent côte à côte sur Twitter, composant un récit aussi cohérent que possible.

Depuis quelques années, le Moyen-Orient a connu plusieurs cas où la diffusion de l'information a eu une incidence réelle sur la politique officielle. Ainsi, en 2004, grâce à des réunions, des forums internet et aux médias internationaux, le gouvernement saoudien a décidé le libérer les intellectuels qui avaient été emprisonnés pour avoir signé une pétition en faveur de la réforme politique.

N'eût été la diversité des signataires - ils provenaient de mouvances idéologiques, sectaires et politiques très nombreuses – des groupes d'intérêt spécifiques n'auraient eu aucun mal à influencer l'opinion publique, affirmant que l'appel à des réformes était le fait d'un petit groupe minoritaire décidé à compromettre la sécurité nationale ou à "occidentaliser" l'Arabie Saoudite. Au lieu de quoi, les arrestations ont été largement traitées dans toute une gamme de médias de tous bords politiques et idéologiques, témoignant de la diversité des auteurs et atteignant des audiences qui auraient pu être suspectées de sympathies réformistes.

Le revers de la médaille, c'est que lorsque l'information est contrôlée ou qu'elle n'émane pas directement des protagonistes, elle peut présenter une image déformée de la vérité.

Un exemple: en avril dernier, le président Nicolas Sarkozy a fait l'éloge du président tunisien, affirmant que la liberté a progressé en Tunisie. Ce commentaire, Sarkozy l'a fait alors que le rédacteur en chef et le gérant d'Al Mawqaf faisaient une grève de la faim pour protester contre ce qu'ils considéraient comme un contrôle de l'Etat sur les médias. A cette même époque, le journaliste Taoufik Ben Brik accomplissait son cinquième mois de prison pour des motifs politiques et Amnesty International avait signalé que la corruption et la répression politique continuent de prospérer en Tunisie.

Sans les forums où les Tunisiens peuvent exprimer des opinions différentes de celles de M. Sarkozy et parler à un public qui normalement accepterait les déclarations du président français sans sourciller, sans chercher à en savoir plus, bien des situations resteraient cachées et le statu quo se perpétuerait.

Ces exemples prouvent amplement que les plates-formes qui permettent la libre diffusion d'opinions différentes sur tous les conflits, comme #Flotilla, qui atteignent des personnes qui ne consomment normalement que des médias correspondant à leurs propres convictions, sont indispensables pour le droit à l'information. Les gens peuvent ainsi se faire une opinion raisonnée et faire pression sur les gouvernants afin qu'ils respectent, dans la transparence, les droits de tous les citoyens qui partagent cette planète.

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* Aysha Alkusayer, scénariste saoudienne, écrit aussi sur son blog. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 18 juin 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.
 
 
 
 
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Advice from El-Hibri Peace Education Prize Winner

Dans ce clip vidéo, le Dr. Betty Reardon - dont le travail en matière d’éducation à la paix a été récompensé par le prestigieux « El-Hibri Peace Education Prize » – et son amie et consœur Cora Weiss, présidente de l’organisation Hague Appeal for Peace expliquent pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) la façon dont les citoyens ordinaires pourraient  favoriser un climat pacifique. Elles dispensent aussi quelques conseils à la future génération d’artisans de la paix.
 
 
 
 
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