Les hommes intensifient la lutte contre le harcèlement sexuel en Egypte

par Nihal Magdy
12 octobre 2012
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Londres – Le nombre de rapports signalant des cas de harcèlement sexuel en Egypte a augmenté drastiquement au cours des derniers mois. Le problème n’est pas nouveau pour l’Egypte mais il s’est transformé une épidémie affectant sérieusement la vie de millions de femmes dans le pays. Il est toutefois difficile de savoir si le mal a pris de l’importance ou si, après la révolution, c’est le nombre de femmes se décidant à dénoncer les incidents qui a augmenté. Néanmoins, on a pu observer, dans les médias, dans les cercles académiques et parmi les Egyptiens de diverses origines socio-économiques, une augmentation des discussions traitant du harcèlement sexuel.

Plusieurs initiatives ont vu le jour au cours des dernières années, toutes cherchant à combattre le problème, et dont la majorité est gérée par des volontaires. Cependant, un changement fondamental et visible, quoique minimisé dans les médias internationaux, est l’accroissement de l’implication des hommes dans la lutte contre le harcèlement sexuel en Egypte. Le fait que des hommes se proposent de s’attaquer à ce problème démontre qu’ils reconnaissent que ce n’est pas « une question de femmes » mais un mal qui affecte la société dans son ensemble.

Welad El Balad (Les enfants du pays) est le parfait exemple d’une initiative dirigée par un homme afin de lutter contre le harcèlement sexuel. Fondé en 2011 par Karim Mahrous, le groupe forme des volontaires sur les aspects légaux, psychologiques et les implications sociales du harcèlement sexuel en Egypte, afin qu’ils puissent s’engager auprès de leur communauté et la sensibiliser au problème et à ses conséquences. Ils essayent aussi d’encourager les femmes à rapporter aux autorités les incidents de harcèlement sexuel.

Selon un rapport datant de 2008 et publié par le « Egyptian Center for Women’s Rights (ECWR) » (Le centre égyptien pour les droits des femmes), plus de 80 % des femmes égyptiennes ont subi une expérience de harcèlement sexuel. Vu qu’un petit 2.4 % seulement a rapporté l’incident, la tentative de Welad El Balad d’encourager les femmes à parler ouvertement semble importante.

En fait, il y a un nombre croissant de groupes impliquant des hommes et des femmes travaillant activement ensemble contre le harcèlement sexuel.

Estargel (Sois un homme !) est une initiative s’appuyant sur des volontaires et visant à lutter contre le problème que représentent les hommes voyageant dans les wagons réservés aux femmes du métro souterrain du Caire. Les efforts des volontaires hommes et femmes ont abouti à la création par les autorités du métro d’un support téléphonique permettant aux femmes de dénoncer les cas de harcèlement sexuel et les hommes voyageant dans les voitures réservées aux femmes.

Un autre groupe, « Imprint Movement » (le mouvement Empreinte), organise des patrouilles qui surveillent les stations de métro souterraines afin d’arrêter les harceleurs pendant Aïd, un moment de l’année qui a vu augmenter le nombre de cas de harcèlement sexuel en Egypte, peut-être à cause de la concentration de gens se réunissant dans les espaces publics à ce moment. L’application mobile Harassmap permet aux victimes de harcèlement sexuel de dénoncer les incidents via SMS, les cas étant ensuite illustrés sur une carte accessible sur un site public. La carte illustre ainsi les « points chauds » de harassements. L’outil alerte la police et les membres de la collectivité de l’existence du problème et encourage les communautés à s’opposer au harcèlement sexuel.

Il est important de noter que la moitié des volontaires de Harassmap sont des hommes.

Ces initiatives, dirigées par des volontaires, représentent sans aucun doute d’importants pas en avant. Cependant, parce que le problème est largement répandu dans la société égyptienne, il nécessite une approche globale, qui inclut des initiatives aussi bien à court-terme qu’à long-terme, afin de diminuer la tolérance de la société pour le harcèlement sexuel.

L’éducation et une révision du cadre légal concernant la criminalisation du harcèlement sexuel ainsi que l’application efficace des lois sont impératifs à cet égard. Toutefois, les femmes seront probablement incapables à elles seules d’induire un changement radical dans la façon qu’ont les hommes égyptiens de percevoir et de réagir face au harcèlement sexuel. C’est particulièrement vrai quand on sait qu’environ 62 % des hommes admet harceler les femmes selon le rapport 2008 de ECWR.

Ce fait met l’emphase sur la nécessité qu’ont les hommes de jouer un rôle clé dans l’éradication de ce qui devient un problème critique en Egypte. Leur position est prépondérante pour le changement de la tolérance que la société a développé envers le harcèlement sexuel. L’implication des hommes dans la lutte contre le harcèlement sexuel dénote une croissance de la prise de conscience que l’impact du harcèlement sexuel n’est pas confiné à des incidents isolés, mais a un impact préjudiciable sur la participation globale des femmes dans la société.

Le fait que les hommes égyptiens luttent activement contre le harcèlement sexuel au côté des femmes montre qu’il y a un changement lent mais certain des attitudes dans une société largement conservatrice et patriarcale, et peut-être un changement fondamental dans la façon qu’ont les hommes égyptiens de percevoir et de réagir au harcèlement sexuel. Ces changements suggèrent que les Egyptiens, hommes et femmes, réalisent qu’entraver la participation publique des femmes dans la société ne fera qu’empêcher les progrès du pays – et que d’attaquer ensemble, hommes et femmes, le problème est positif pour l’ensemble du pays.

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* Nihal Magdy est une bloggeuse anglaise et égyptienne et une spécialiste en marketing et basée à Londres. Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 12 octobre 2012, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.
 
 
 
 
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Dans ce clip vidéo, le Dr. Betty Reardon - dont le travail en matière d’éducation à la paix a été récompensé par le prestigieux « El-Hibri Peace Education Prize » – et son amie et consœur Cora Weiss, présidente de l’organisation Hague Appeal for Peace expliquent pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) la façon dont les citoyens ordinaires pourraient  favoriser un climat pacifique. Elles dispensent aussi quelques conseils à la future génération d’artisans de la paix.
 
 
 
 
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