L'autre processus de paix

par le rabbin Ron Kronish et le juge Iyad Zahalka
11 janvier 2013
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Jérusalem – Nous – Kadi (Judge) Iyad Zahalka des tribunaux de la Charia de Jérusalem et moi-même, Ron Kronish, rabbin réformé, éducateur et directeur du Conseil de coordination interreligieuse en Israël au cours des 21 dernières années – avons récemment passé 16 jours aux Etats-Unis pour donner une série de conférences au sujet de « l'autre processus de paix ». Nous avons pris la parole devant un public composé de juifs, de chrétiens, de musulmans et de personnes d’autres religions dans de nombreuses villes, dont New York, Detroit, Austin, et Washington, DC.

« L'autre processus de paix » rassemble des individus de différentes fois et nationalités. Il vise une rencontre véritable et diplomatique qui permette de trouver le moyen de cohabiter paisiblement.

Cette méthode diffère du processus politique de paix qui est au point mort depuis bien des années. Elle diffère également de la construction de la paix, qu'un de nos amis appelle un « assemblage de papiers », car pour lui, la création de traités de paix se fait habituellement par des juristes et des diplomates qui passent leur temps à reprocher à l'autre de ne pas avoir été à la hauteur de ses engagements.

Durant des années, notre travail interreligieux en Israël nous a permis de faciliter les relations entre individus grâce au dialogue et à des programmes éducatifs. Nous rassemblons des dirigeants religieux, des éducateurs, des femmes, des jeunes et des jeunes adultes afin qu’ils puissent se rencontrer réellement et de manière diplomatique, et ce sur la durée (c’est-à-dire au moins 10 mois et parfois jusqu'à 4 ans). Tous nos programmes se passent en quatre étapes : 1) bien connaître l'autre en tant qu'être humain, créé à l’image de Dieu, 2) étudier les textes sacrés de l'autre, 3) discuter les questions de fond du conflit et 4) agir au sein des communautés, individuellement et collectivement.

Un des programmes les plus importants au cours des dernières années, appelé « Kedem », un acronyme hébreux pour « Kol Dati Mefayeis » (les voix de la réconciliation religieuse), a rassemblé 28 chefs religieux venus des quatre coins du pays pour prendre part au processus décrit plus haut. Le groupe comprenait des rabbins orthodoxes des principales communautés des cercles religieux sionistes, des juges islamiques, des cheikhs, des imams et le clergé chrétien.

Parmi les participants à ce programme unique, nombreux sont ceux à avoir ramené le dialogue dans leurs communautés. Un des rabbins ayant pris part au KEDEM raconte que, avant rejoindre le programme, la question des arabes palestiniens citoyens de l'Etat d'Israël ne le concernait pas particulièrement. Or, après avoir participé aux activités organisées par Kedem durant deux ans, il reconnaît qu'en tant que chef juif qui se souvient du temps où son peuple était étranger en terre égyptienne, il se doit de s'inquiéter de la minorité arabe dans l'Etat d'Israël.

Un des points forts de notre tournée américaine a été le moment où nous nous sommes adressés à une congrégation de 1000 fidèles musulmans dans la mosquée Adams en Virginie du Nord – une des plus grandes mosquées aux Etats-Unis – un samedi matin, avant la prière de midi. A l'issue de notre conférence, de nombreuses personnes sont venues nous dire à quel point elles appréciaient notre message de paix et de coopération.

Notre message, qui n'est pas souvent entendu en-dehors d'Israël, met l'accent sur la possibilité de vivre en paix et d'atteindre un traité de paix entre Israël et la Palestine. En effet, nous croyons fermement que notre conflit peut prendre fin, tout comme d'autres conflits qui semblaient sans espoir, tels que celui en Irlande du Nord, en Afrique du Sud et en Bosnie. Nous devons garder en vie cette vision de paix, et ne pas perdre espoir sous prétexte que le processus est long.

Il est vrai qu’il n'est pas toujours facile de maintenir l'énergie et l'optimisme qui permettent de continuer, mais le dialogue interreligieux et interculturel est un des ingrédients essentiels pour une paix durable. Et la paix n'est pas un sujet exclusivement politique. Ceux parmi nous engagés dans des dialogues interreligieux touchent des individus à la base et peuvent amener un changement dans la conscience des communautés à travers le pays.

Notre rôle n'est pas de résoudre les problèmes macro politiques de la région ; cette tâche revient aux politiques et aux diplomates. Notre tâche – en tant que chefs religieux, éducateurs et militants dans nos communautés – est de changer l'esprit et le cœur des gens des deux côtés du conflit, afin d'établir une relation de paix sur le long terme.

* Le Rabbin Ron Kronish est le fondateur et le directeur du Conseil de coordination interreligieuse en Israël. Kadi Iyad Zahalka est le juge des tribunaux de la Charia à Jérusalem.
Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 11 janvier 2013, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.
 
 
 
 
VIDEO DE LA SEMAINE
Advice from El-Hibri Peace Education Prize Winner

Dans ce clip vidéo, le Dr. Betty Reardon - dont le travail en matière d’éducation à la paix a été récompensé par le prestigieux « El-Hibri Peace Education Prize » – et son amie et consœur Cora Weiss, présidente de l’organisation Hague Appeal for Peace expliquent pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) la façon dont les citoyens ordinaires pourraient  favoriser un climat pacifique. Elles dispensent aussi quelques conseils à la future génération d’artisans de la paix.
 
 
 
 
"Pour le monde de la recherche et de la politique, la documentation sur le Moyen-Orient produite par Search For Common Ground est exceptionnelle. Pour celui qui recherche des analyses ?quilibr?es et approfondies, c'est l? qu'il trouvera les ?l?ments qui lui permettront de mieux comprendre la complexit? du Moyen-Orient contemporain."

- Dr. Robert O. Freedman, Professeur de sciences politiques ? la Fondation Peggy Meyerhoff Pearlstone de l'Universit? H?bra?que de Baltimore, et Professeur invit? de sciences politiques ? l'Universit? John Hopkins
 
 
 

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