S’unir contre la violence lors des prochaines élections en Tunisie

par Malek Kefif
23 septembre 2014
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Tunis - La Tunisie aborde la dernière ligne droite avant la tenue des élections législatives et présidentielles prévues respectivement le 26 octobre et le 23 novembre de l’automne prochain. Un parcours qui, malgré une profonde crise politique martelée par des poussées récurrentes de revendications sociales, d’assassinats politiques et d’attaques terroristes, n’a pu aboutir que grâce à un dialogue national entre les 21 partis politiques, principaux acteurs de cette transition politique de l’après révolution, représentés à l’Assemblée constituante. L’organisation des prochaines élections est donc l’enjeu de l’année. Celles-ci auront un impact non seulement sur les cinq prochaines années mais aussi sur la maturation de l’ensemble du processus de la transition démocratique tunisienne qui reste fragile.

À ce titre, il est de la responsabilité de tous de déployer les efforts nécessaires pour assurer un climat propice à la tenue des élections et éviter les dérives violentes malgré la vitalité de compétition électorale.

Les tunisiens attendent avant tout des politiques une vigilance sans failles à l’encontre de la violence et de tout ce qui pourrait l’alimenter de façon insidieuse. Dans la perspective d’apaisement préalable des esprits à ce stade avancé du processus, les candidats et les politiciens ont déjà la responsabilité de s’abstenir d’installer le doute sur la crédibilité ou la bonne foi des institutions, dont en premier lieu celle responsable de l’organisation de ces élections (l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections –ISIE-), et de s’engager d’amblée à se soumettre au verdict des urnes et d’accepter les décisions des instances juridiques en cas des recours prévus par la loi.

Les candidats sont appelés à préserver dans leurs discours le respect de la vie privée des autres candidats et de refuser toute exacerbation des passions régionalistes, claniques ou religieuses. Chacune des parties a le devoir d’assumer sa part de responsabilité pour écouter l’autre, comprendre ses craintes, lever les ambigüités et rassurer sur sa sincère volonté de garantir une gouvernance et un avenir pacifique dans le respect de la diversité et des droits fondamentaux de chacun.

La responsabilité durant cette période incombe aussi aux médias parce qu’ils ont le pouvoir de provoquer, d’amplifier ou de dénoncer les discours dangereux et les stratégies du chaos.

Leur responsabilité est de s’en tenir au stricte respect de la déontologie professionnelle et des termes de la loi électorale en matière d’équité envers les candidats mais aussi et tout en veillant à l’objectivité de l’information, de veiller à ne pas afficher un positionnement ouvertement partisan qui nuirait à la crédibilité nécessaire à la fonction d’éclairer l’opinion publique.

Dans le respect d’un lexique propre à l’apaisement des tensions, les médias publics ou privés ont le pouvoir de relever la teneur du débat électoral et de maintenir une certaine distance avec la compétition proprement dite. À ce titre, ils ont le privilège de pouvoir utilement contribuer à désamorcer certaines dérives violentes et d’être des acteurs de premier rang dans la réussite des élections.

Quant à la société civile qui a activement participé aux avancées du processus électoral par son soutien au dialogue national, elle est appelée à rester mobilisée contre la violence et le terrorisme. Elle devrait continuer à mener une observation respectée et vigilante de toutes les étapes menant aux élections. Du fait de son indépendance et de la crédibilité acquise dans la lutte contre la dictature, son rôle reste irremplaçable pour cautionner le bon déroulement du processus.

La réussite de la transition démocratique et le nouveau paysage politique tunisien dépendent pour une large part de la réussite de ces élections. Assurer un climat propice à leur bonne organisation pour qu’enfin le pays puisse se consacrer aux priorités du développement est une responsabilité collective. Le dialogue et la non violence sont leurs piliers. Faisons le nécessaire pour les consolider.

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*Malek Kefif est militant des droits humains et membre du Conseil Supérieur des Droits de l’Homme et des Libertés Publiques en Tunisie. Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CG News).

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 23 septembre 2014, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.
 
 
 
 
VIDEO DE LA SEMAINE
Advice from El-Hibri Peace Education Prize Winner

Dans ce clip vidéo, le Dr. Betty Reardon - dont le travail en matière d’éducation à la paix a été récompensé par le prestigieux « El-Hibri Peace Education Prize » – et son amie et consœur Cora Weiss, présidente de l’organisation Hague Appeal for Peace expliquent pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) la façon dont les citoyens ordinaires pourraient  favoriser un climat pacifique. Elles dispensent aussi quelques conseils à la future génération d’artisans de la paix.
 
 
 
 
"C'est vraiment tout ? fait extraordinaire, ? mon avis ? d'obtenir que [les m?dias] publient un article de Common Ground, et plus encore d'appeler ? redoubler d'efforts pour une r?interpr?tation des textes islamiques par une nouvelle ijtihad. Tout le monde voudrait savoir comment aller vers l'autre. C'est pr?cis?ment ce que CGNews vient de faire."

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