Washington D.C. – Si vous demandez à des experts en politique étrangère comment l’occident saura qu’il est en train de gaganer la guerre contre le terrorisme ils vous répondront probablement « Quand le monde musulman rejettera l’extrémisme. » Mais qui sont réellement ces musulmans extrémistes et d’où vient leur haine ? Chaque politicien a sa propre théorie : les extrémistes sont des fondamentalistes religieux, ils sont pauvres, ils sont désespérés et pleins de ressentiment. Toutes ces théories sont pourtant fausses.
A partir d’une nouvelle enquête mondiale de Gallup basée sur plus de 9000 entretiens dans neuf pays musulmans, nous avons découvert que les musulmans extrémistes ont plus en commun avec leurs confrères modérés qu’on ne veut bien généralement l’admettre. Si l’occident veut s’attaquer aux extrémistes et renforcer l’influence de la majorité musulmane qui est modérée, il lui faut d’abord comprendre à qui il a à faire.
Fondamentalement similaire
En occident, du fait que les terroristes détournent à leur profit les préceptes islamiques, les experts et les politiciens donnent souvent de l’islam l’image d’une religion de terrorisme. Ils accusent souvent la ferveur religieuse de donner naissance à des points de vue radicaux et violents. Mais les données statistiques nous disent autre chose : il n’y a aucune différence significative en terme de religiosité entre les modérés et les extrémistes. Les extrémistes ne sont pas plus enclins à assister à un office religieux que les modérés.
Les riches extrémistes
Ce n’est un secret pour personne que nombreux sont ceux qui dans le monde musulman souffrent d’une pauvreté débilitante et d’un manque d’éducation. Mais les extrémistes sont-ils réellement plus pauvres que leurs coreligionnaires ? Nous avons trouvé le résultat opposé : il y a bien une différence entre les modérés et les extrémistes en termes de revenus et d’éducation mais ce sont ces derniers qui gagnent plus et vont à l’école le plus longtemps.
Un avenir plein d’espoir
Lorsque l’auteur d’un attentat suicide accomplit sa mission meurtrière, l’acte est souvent qualifié de désespéré, en raison de l’incapacité à trouver un travail, à gagner sa vie ou à faire vivre sa famille. Les extrémistes ne sont cependant pas plus « désespérés » que le musulman moyen. Comparativement à leurs homologues modérés, plus d’extrémistes se disent satisfaits de leur situation financière et de leur qualité de vie et une majorité d’entre eux voient leur situation s’améliorer dans les années à venir.
Une extrême considération
La guerre contre le terrorisme se fonde principalement sur une question : pourquoi nous haïssent-ils ? La réponse communément entendue à Washington est que les musulmans extrémistes détestent notre mode de vie, notre liberté et notre démocratie. Il n’en est rien. Que ce soit les modérés ou les extrémistes, ils admirent l’occident en particulier pour sa technologie, son système démocratique et sa liberté d’expression.
Les solutions
Qu’est ce qui sépare donc les musulmans extrémistes des modérés ? Bien que presque tous les musulmans pensent que l’occident devrait avoir plus de respect pour l’islam, les extrémistes sont plus susceptibles de considérer que l’occident menace et cherche à contrôler leur mode de vie. Les modérés quant à eux sont plus désireux de créer des liens avec l’occident au travers du développement économique. Ces divergences d’opinion offrent aux politiciens une opportunité cruciale d’inventer des stratégies pour empêcher la majorité modérée de se radicaliser et de neutraliser la force de persuasion de ceux qui voudraient nous attaquer.
Remarque : Sont considérés comme modérés les sondés considérant les attaques du 11 septembre comme injustifiées (1 et 2 sur une échelle de 1 à 5, 1 correspondant à totalement injustifié et 5 à totalement justifié). Sont considérés comme extrémistes les sondés considérant les attaques du 11 septembre comme justifiées (4 et 5 sur la même échelle). Les données de cette enquête ont été rassemblées en 2005-2006 dans les pays suivants : Bangladesh, Egypte, Indonésie, Iran, Jordanie, Liban, Maroc, Turquie et Arabie Saoudite. Environ 1000 entretiens furent effectués dans chaque pays. Pour chaque pays, la proportion de sondés en zone rurale et urbaine est représentative de l’ensemble de la population mâle avec une marge d’erreur de plus ou moins 3 %.
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* John L. Esposito est professeur de religion et de relations internationales et directeur fondateur du Prince Alwaleed Bin Talal Center for Muslim-Christian Understanding à Georgetown University. Dalia Mogahed est directrice exécutive des études islamiques à Gallup Organization. Cet article est distribué par le service de presse Common Ground (CGNews) et est accessible en ligne sur www.commongroundnews.org.
Source : Foreign Policy, 8 novembre 2006, www.foreignpolicy.org
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